Cette semaine, le mot autonomie surgit dans des lieux que l’on rapproche rarement.

Mardi, Mistral AI a présenté son modèle le plus imposant à ce jour et associé la future publication de ses poids à la capacité des organisations et des administrations à exploiter l’intelligence artificielle selon leurs propres règles. Du 8 au 10 octobre, Athènes accueille un colloque coorganisé par un département d’anthropologie sociale dont le titre évoque explicitement l’éthique de l’autonomie. Entre les deux, Pula accueille une rencontre consacrée à une troisième dimension du même problème : que devient la mémoire culturelle lorsque des machines commencent à la traiter, à la classer et à la reconstruire ?

Le mot est le même. Les relations qu’il désigne sont différentes.

Pour Mistral, l’autonomie consiste à accroître le contrôle d’une organisation sur le modèle qu’elle utilise. À Athènes, elle désigne la capacité collective à prendre des décisions concernant une infrastructure et à gérer les dépendances qui la rendent possible. Pula ajoute une autre dimension : qui intervient lorsque des archives, des langues, des images et des catégories culturelles entrent dans une mémoire computationnelle ?

En bref

  • Paris, 6 octobre. Mistral ouvre l’accès à la préversion de Mistral Large 4. Les poids sont annoncés pour la fin du mois, mais la licence sous laquelle ils seront publiés reste inconnue.
  • Pula, 7–9 octobre. DARIAH-HR organise Digital Humanities & Heritage: Cultural Memory vs. Machine Memory.
  • Athènes, 8–10 octobre. La première Digital Commons Conference réunit anthropologie, études des sciences et des techniques (STS), informatique, design et études autochtones autour des infrastructures et de l’autonomie.

Paris — Qui peut exécuter le modèle ?

Mistral AI a ouvert mardi l’accès public à la préversion de Mistral Large 4, ou ML4, et annoncé la publication de ses poids avant la fin du mois d’octobre.[1]

L’annonce mise à jour décrit un modèle multimodal à mélange d’experts comportant 1 000 milliards de paramètres, dont 52 milliards actifs. La fiche principale v26.10 indique 1 050 milliards de paramètres au total, dont 52 milliards actifs, tandis qu’une autre page de documentation, relative à une version précise, mentionne toujours 49 milliards de paramètres actifs. Cette divergence, qui persiste entre les sources officielles d’une préversion encore en cours d’entraînement, empêche de considérer ces chiffres comme des spécifications entièrement stabilisées.[1][2]

Sa fenêtre de contexte atteint un million de tokens. Le modèle a été entraîné à partir de zéro sur 3 800 GPU NVIDIA Grace Blackwell dans les centres de données européens de Mistral, qui hébergent également sa préversion publique.[1] Jusqu’à la publication des poids, l’accès général passe par une API. L’auto-hébergement, que Mistral place au cœur de sa proposition, n’est donc pas encore disponible.

La licence qui accompagnera ces poids n’est pas davantage connue.

Le précédent importe. En décembre 2025, Mistral a publié la famille Mistral 3, dont Mistral Large 3, sous licence Apache 2.0, une licence permissive autorisant l’utilisation, la modification et la redistribution des modèles, y compris à des fins commerciales.[3] Mistral qualifie déjà ML4 d’open-weight, mais ni son annonce ni sa fiche technique ne précisent les droits qui accompagneront les fichiers lors de leur publication.

D’ici là, l’ouverture désigne une orientation annoncée par l’entreprise, non des conditions d’utilisation connues.

La présentation de ML4 mobilise à plusieurs reprises le vocabulaire de la souveraineté. Mistral affirme que le modèle sera accessible au moyen d’un déploiement européen entièrement exploité par l’entreprise, indépendamment d’autres fournisseurs de services numériques et soumis au droit européen. En matière de cybersécurité, elle associe explicitement l’ouverture des poids et le déploiement autonome à la possibilité, pour une organisation, de travailler selon ses propres politiques.[1]

L’infrastructure révèle toutefois une dépendance matérielle majeure. Les centres de données appartiennent à Mistral ; les GPU sont fournis par NVIDIA.

Mercredi, à propos de MareNostrum 5, nous soulignions que la souveraineté européenne en matière d’IA dépend aussi de l’accès aux capacités de calcul. En septembre, nous écrivions qu’« ouvert » ne signifie pas « partagé ». Disposer des poids ouvre des possibilités qu’une API fermée ne permet pas, mais ne donne pas accès à l’infrastructure industrielle nécessaire à la production du modèle.

Mistral présente en outre ML4 comme le premier résultat d’une feuille de route financée par sa levée de fonds de série D de 3 milliards d’euros, que l’entreprise décrit comme la plus importante jamais réalisée par une société technologique européenne.[1] Là encore, il faut distinguer l’affirmation de l’entreprise de la portée qu’on lui prête. Une entreprise européenne peut posséder ses centres de données et relever du droit européen tout en dépendant d’une chaîne d’approvisionnement technologique internationale.

L’idée même d’autonomie commence ainsi à perdre de son caractère absolu.

Pula — De quoi se souvient une machine ?

À plusieurs centaines de kilomètres, la sixième conférence internationale Digital Humanities & Heritage, organisée par DARIAH-HR et d’autres institutions européennes, s’achève aujourd’hui à Pula sous un titre particulièrement explicite : Cultural Memory vs. Machine Memory.[4]

L’organisation précise que cette opposition ne vise pas à séparer simplement mémoire humaine et traitement technologique. Sa réflexion porte sur les relations entre interprétation et abstraction computationnelle, savoir contextualisé et classification automatisée, responsabilité culturelle et accélération technologique.

Les interrogations sont concrètes. De quoi les systèmes numériques se souviennent-ils ? Qu’oublient-ils ? Quels récits deviennent visibles, repérables et réutilisables ? Lesquels demeurent fragmentés, marginalisés ou mal représentés ? Que se passe-t-il lorsque la mémoire culturelle est encodée dans des jeux de données, des métadonnées, des prompts, des modèles et des résultats automatisés ?[4]

Le programme d’hier prévoyait l’une des deux conférences plénières, donnée par Jennifer Edmond, professeure d’humanités numériques au Trinity College Dublin, sous le titre Cultural Memory, Machine Thinking, and Infrastructural Ethics. Au moment de boucler cette édition, nous n’avons trouvé ni enregistrement, ni diapositives, ni compte rendu public de cette intervention. Nous nous en tenons donc à l’orientation publiée de la rencontre, qui met au premier plan les médiations entre mémoire culturelle, abstraction computationnelle et responsabilité des infrastructures.[4]

Aujourd’hui, le programme aborde directement les archives, la visibilité algorithmique et la politique de la mémoire, avant la conférence de clôture de Benedikt Perak, de l’université de Rijeka, intitulée Between Cultural Memory and Machine Memory: Five Levels of AI in Teaching.[4]

Les débats de Pula peuvent éclairer l’annonce de Mistral.

Mistral affirme qu’une part importante des données d’entraînement de ML4 était multilingue et couvrait plus de 160 langues, dont toutes les langues officielles de l’Union européenne.[1] Nous n’avons pas trouvé de description publique suffisamment détaillée des textes, des images et des autres éléments précis composant ce corpus.

Le règlement européen sur l’intelligence artificielle impose aux fournisseurs de modèles d’IA à usage général de publier un résumé suffisamment détaillé des contenus utilisés pour leur entraînement. En juillet 2025, la Commission a adopté un modèle commun pour la présentation de ces informations.[5][6]

Cette obligation est importante, car les poids ne répondent pas à eux seuls à une question culturelle fondamentale. On peut examiner les paramètres sans connaître les archives, les sélections, les langues et les exclusions qui ont contribué à les produire.

La mémoire d’une machine ne se résume pas à ce qu’elle est capable de stocker. Elle dépend aussi de ce qui a pu y entrer.

Athènes — Qui gouverne l’infrastructure ?

La Digital Commons Conference: Infrastructures, Design and the Ethics of Autonomy se tient d’hier à demain à Athènes. Elle est coorganisée par le département d’anthropologie sociale de l’université Panteion et l’Institut d’informatique et de télécommunications du centre national de recherche Demokritos.[7]

Son approche se démarque délibérément d’une conception des communs numériques comme produits technologiques achevés. L’organisation les envisage comme des pratiques situées d’autonomie, d’accès équitable et de soin collectif, réunissant anthropologie, études des sciences et des techniques, informatique, interactions humain-machine (IHM), design, études féministes et autochtones, ainsi que projets de technologies civiques.[7]

Le programme de la journée inaugurale de jeudi plaçait en ouverture Alberto Corsín Jiménez, chercheur au CSIC, avec Augural Commons: When Digital Infrastructures Inaugurate Territories They Do Not Yet Possess. Le programme officiel confirme l’horaire et les contributions annoncées, mais, au moment de boucler cette édition, nous n’avons pas encore trouvé d’enregistrement ni de compte rendu ultérieur permettant d’attribuer des propos à ce qui a effectivement été présenté.[8]

Le résumé s’appuie sur vingt années de travail ethnographique à Madrid, auprès de collectifs de culture libre, des assemblées autonomes et de quartier du mouvement du 15-M, ainsi que des réseaux de solidarité nés pendant la pandémie. Corsín reconnaît que la tradition des communs numériques a fourni des outils pour étudier les licences, la modération, la gouvernance et l’expérimentation technologique. Il propose aussi de prêter attention à des manières de faire du commun qui n’existent pas encore comme domaines délimités. Elles opèrent sur les marges, dans les transitions, et construisent progressivement leurs propres conditions d’existence.[8]

Cette approche élargit la cartographie que nous avons esquissée lundi sur les sciences sociales et l’IA en Espagne. L’anthropologie des technologies ne se limite pas à une méthode intégrée aux programmes informatiques. Elle s’inscrit également dans une longue tradition d’enquête ethnographique sur le logiciel libre, les infrastructures, les mouvements sociaux et les formes d’organisation technologique.

Le premier panel du programme prolongeait ensuite cette réflexion en direction des infrastructures communautaires.

Adrián López Angulo, de REDES A.C. et de LocNet, analyse des projets de télécommunications construits et gouvernés par des communautés rurales et autochtones d’Amérique latine. Il étudie notamment Radio Tosepan Limakxtum et Wiki Katat, dans la Sierra Norte de Puebla, au Mexique, ainsi que le réseau Jxa’h Wejxia Casil, dans le Cauca colombien.[8]

Le constat de départ repose sur des inégalités connues : asymétries d’accès, extraction des minerais et des données, modèles de connectivité liés à la surveillance et circulation de désinformation. Les expériences étudiées proposent un autre rapport à l’infrastructure. Les communautés ne se contentent pas de recevoir une connexion. Elles intègrent la technologie à leurs propres structures de décision, de reproduction culturelle et de soin porté au territoire.

Une distinction fondamentale apparaît alors.

Paraskevi Zotali, anthropologue sociale et ingénieure, met la théorie des commons en dialogue avec lo comunal et la comunalidad, conceptualisée à partir d’Oaxaca par Floriberto Díaz et Jaime Martínez Luna.[8]

Le territoire, l’assemblée, le service à la communauté, le travail collectif et le rituel participent ici d’une conception de la vie partagée qui dépasse la gestion conjointe d’une ressource. Zotali interroge ainsi la capacité de la catégorie des commons à rendre compte des télécommunications autochtones, mais aussi le risque qu’elle occulte des formes historiques de vie collective dotées de leurs propres concepts, relations et cosmologies.

Cette distinction importe également pour l’IA.

Un fichier téléchargeable peut être ouvert. Une ressource entretenue collectivement peut devenir un commun. Une infrastructure inscrite dans des formes territoriales et culturelles de vie engage encore un autre type de relation.

Daniela Sant’Ana et Ana Delgado, du centre TIK de l’université d’Oslo, apportent une mise en garde depuis un autre territoire. Leur recherche sur les infrastructures de données environnementales et l’élevage pastoral sami en Suède examine comment les politiques d’ouverture peuvent créer de nouveaux conflits et renforcer des dynamiques d’appropriation et d’extraction. Les données produites sur un territoire, une culture ou un mode de vie ne perdent pas leurs relations sociales du seul fait qu’elles deviennent accessibles.[8]

Le panel se termine sur une proposition particulièrement utile pour revenir à Mistral.

L’anthropologue Philipp Budka, de l’université de Vienne, compare des infrastructures de haut débit et de transport gouvernées par des communautés du nord du Canada. Sa conception de la souveraineté est relationnelle. La gouvernance communautaire n’efface pas la dépendance à l’égard des financements extérieurs, des cadres réglementaires ou des fournisseurs techniques. Elle construit une capacité à négocier ces dépendances dans la durée.[8]

Les communautés qui gouvernent une infrastructure vivent aussi avec ses conséquences. C’est pourquoi la propriété prend une dimension éthique, et pas seulement juridique.

Mistral promet un déploiement indépendant des autres fournisseurs de services numériques. Budka décrit une autonomie qui se mesure à la capacité de gouverner des interdépendances qui ne disparaissent pas.

Le programme du jeudi intégrait également une autre échelle politique. Un panel consacré à l’Inde abordait l’accès au savoir académique à travers Sci-Hub, l’économie politique des grandes maisons d’édition et les représentations du système national d’identification numérique Aadhaar. Les communs y apparaissent traversés par des rapports marchands, des classifications administratives et des luttes pour l’accès aux connaissances.[8]

La discussion sort également du cadre universitaire. Le colloque collabore avec TRANSEUROPA 2026, festival organisé à Athènes sous le mot d’ordre Reclaiming the Cloud(s). Samedi 10 octobre, les deux initiatives participeront à une assemblée citoyenne sur l’IA et le contrôle des frontières, consacrée à la surveillance, à la gestion des migrations et à l’accès aux droits. Les conséquences d’une infrastructure numérique deviennent particulièrement visibles lorsque ses décisions touchent à la mobilité et à la vie des personnes.[13][14]

Ouvert, commun, communal

Ces trois scènes permettent de distinguer des mots souvent employés comme s’ils étaient interchangeables.

À Paris, l’ouverture renvoie à la possibilité annoncée d’obtenir les poids d’un modèle et de le déployer selon ses propres politiques. À Athènes, un commun implique des relations de gouvernance, de responsabilité et de soin autour d’une infrastructure. Les expériences latino-américaines introduisent en outre lo comunal, une organisation de la vie collective qui ne prend pas nécessairement pour point de départ l’existence d’une ressource partagée.

Pula y ajoute la mémoire.

Car gouverner une infrastructure, c’est aussi décider de ce qu’elle peut enregistrer, des catégories qu’elle emploie et des conditions dans lesquelles d’autres personnes pourront réutiliser ce qu’elle contient.

Cet après-midi, le programme d’Athènes poursuit précisément cette réflexion. Le panel Digital Commons, AI & Collective Governance réunit des travaux sur l’ouverture de l’IA, l’extractivisme génératif et la souveraineté numérique publique. Un autre panel aborde ensuite la littératie critique, la gouvernance des données, la désinformation et la collaboration entre personnes et IA.[8]

Parmi les contributions annoncées figure celle de Karen Soacha-Godoy, de l’Observatorio Ciudadano MINKA de l’ICM-CSIC et de l’UOC, avec Jaume Piera, de l’Institut de Ciències del Mar. Leur présentation portera sur SEXTANT, un modèle d’analyse de la manière dont les décisions apparemment techniques d’une plateforme de science participative — licences, API, authentification, confidentialité ou parcours définis par défaut — répartissent concrètement le contrôle, l’accès et la capacité de décision.[8]

Demain, le colloque abordera le patrimoine. Digital Cyclades présentera des archives culturelles communautaires élaborées à l’aide d’outils ouverts et de modèles de vision et de langage. Alexandra Bounia et Despina Catapoti examineront ensuite la promesse fragile de l’application d’une logique du commun à l’IA, à l’archéologie et au patrimoine.[8]

Ce panel aura lieu après la publication de ce Radar. Nous en suivrons les développements.

Une autre épreuve, beaucoup plus concrète, arrivera à la fin du mois. Mistral publiera les poids de ML4 et nous saurons sous quelle licence ils pourront réellement être utilisés.

Ouvert, commun et communal décrivent des relations différentes avec une infrastructure. Leur portée dépend de qui peut la gouverner, de qui participe aux décisions, des dépendances qu’il est possible de négocier et de qui répond de leurs conséquences.

Références

[1] Mistral AI. Introducing Mistral Large 4. 6 octobre 2026. https://mistral.ai/news/mistral-large-4/

[2] Mistral AI. Mistral Large 4. Documentation technique, v26.10. https://docs.mistral.ai/models/mistral-large et https://docs.mistral.ai/models/mistral-large-4-0

[3] Mistral AI. Introducing Mistral 3. 2 décembre 2025. https://mistral.ai/news/mistral-3/

[4] DARIAH-HR. 6th International Conference Digital Humanities & Heritage 2026: Cultural Memory vs. Machine Memory. Programme et présentation de la conférence. https://dhh.dariah.hr/2026/programme/

[5] Règlement (UE) 2024/1689, article 53. https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/1689/oj/eng

[6] Commission européenne. Explanatory Notice and Template for the Public Summary of Training Content for general-purpose AI models. 24 juillet 2025. https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/library/explanatory-notice-and-template-public-summary-training-content-general-purpose-ai-models

[7] Digital Commons Conference. About the Conference. Athènes, 8–10 octobre 2026. https://digicommons.org/

[8] Digital Commons Conference. Digital Commons: Infrastructures, Design and the Ethics of Autonomy. Programme. Consulté le 8 octobre 2026. https://digicommons.org/programme/

[9] Corsín Jiménez, Alberto ; Estalella, Adolfo. Free Culture and the City: Hackers, Commoners, and Neighbors in Madrid, 1997–2017. Cornell University Press, 2023. https://www.cornellpress.cornell.edu/book/9781501767203/free-culture-and-the-city/

[10] Díaz, Floriberto. Escrito. Comunalidad, energía viva del pensamiento mixe. UNAM, 2007. https://www.libros.unam.mx/gd-floriberto-diaz-escrito-comunalidad-energia-viva-del-pensamiento-mixe-ayuujktsen-9786070262081-libro.html

[11] Martínez Luna, Jaime. Eso que llaman comunalidad. Oaxaca, 2010. https://books.google.com/books/about/Eso_que_llaman_comunalidad.html?id=1v9ZMwEACAAJ

[12] Escobar, Arturo. Designs for the Pluriverse: Radical Interdependence, Autonomy, and the Making of Worlds. Duke University Press, 2018. https://www.dukeupress.edu/designs-for-the-pluriverse

[13] Digital Commons Conference. Partners — TRANSEUROPA 2026. https://digicommons.org/partners/

[14] TRANSEUROPA 2026. Programme — Digital Borders: a citizens assembly on Migration, border control and new technologies. https://transeuropafestival.eu/programme/